Des chercheurs du Trinity College de Dublin, de l'hôpital St James’s et d'institutions partenaires ont réalisé la revue la plus complète à ce jour sur les outils utilisés pour estimer le risque de cancer du sein chez les femmes ayant des antécédents familiaux de cette maladie.
Les résultats, présentés lors du congrès annuel de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO), suggèrent que, si certains modèles de prédiction de risque couramment utilisés présentent des résultats raisonnablement satisfaisants, aucun ne permet d’identifier avec une grande précision les femmes qui développeront ultérieurement un cancer du sein.
Les femmes ayant des antécédents familiaux de cancer du sein se voient souvent proposer une évaluation de leur propre risque de développer cette maladie. Dans le cadre de cette évaluation, les médecins utilisent des modèles statistiques qui permettent d'estimer la probabilité qu'une femme développe un cancer du sein à l'avenir. Cette évaluation est importante car elle guide les décisions relatives au dépistage et à la prévention. Ces décisions peuvent concerner l’âge de début des mammographies ou des IRM, la prescription éventuelle de traitements médicamenteux visant à réduire le risque, ou encore, dans certains cas, la possibilité d’une chirurgie prophylactique de réduction du risque, telle qu’une mastectomie préventive.
Jusqu'à présent, il existait peu de données permettant de déterminer quel modèle était le plus performant dans cette population.
Cette revue Cochrane a analysé 45 études évaluant des modèles de prédiction du risque de cancer du sein chez les femmes ayant des antécédents familiaux de cette maladie. Les chercheurs ont évalué la précision avec laquelle ces modèles prédisaient le risque futur de cancer du sein. Quatre modèles avaient fait l'objet de suffisamment d'études pour permettre une analyse détaillée : Gail (BCRAT), Tyrer-Cuzick (IBIS), BOADICEA et BRCAPRO.
Certains modèles sont plus performants que d'autres, mais des améliorations restent nécessaires
Pour la prédiction du risque futur de cancer du sein, la revue a révélé que le modèle BOADICEA présentait les performances globales les plus équilibrées chez les femmes ayant des antécédents familiaux de cancer du sein. Les modèles Gail et BOADICEA ont fourni des estimations de risque qui se rapprochaient généralement du nombre réel de cas de cancer du sein observés dans les études. Cependant, le modèle de Tyrer-Cuzick avait tendance à surestimer le risque, tandis que le modèle BRCAPRO avait plutôt tendance à le sous-estimer.
Lorsque les chercheurs ont évalué la capacité des modèles à distinguer les femmes qui développaient un cancer du sein de celles qui n’en développaient pas – ce que l’on appelle techniquement la « capacité discriminante » –, tous les modèles ont montré des performances modestes, et aucun n’a atteint la précision requise pour personnaliser pleinement les soins.
L'autrice principale, le Dr Sarah McGarrigle, a souligné que ces résultats mettent en évidence à la fois l'intérêt et les limites de ces modèles de prédiction du risque.
« Ces outils sont déjà largement utilisés dans la pratique clinique et nous disposons désormais d’une vision plus claire de leur précision chez les femmes ayant des antécédents familiaux de cancer du sein », a-t-elle déclaré. « Nos résultats indiquent que ces outils peuvent être utiles pour faciliter l'évaluation des risques, ce qui est encourageant, mais il nous reste encore un long chemin à parcourir. »
Selon les auteurs, ces résultats justifient la poursuite des efforts visant à améliorer l'évaluation personnalisée du risque de cancer du sein, en particulier chez les femmes présentant des antécédents familiaux importants de cette maladie.
« Pour les femmes présentant un risque accru en raison de leurs antécédents familiaux de cancer du sein, la connaissance de leur risque personnel peut influencer certaines des décisions les plus importantes de leur vie, comme celle de se soumettre à des dépistages plus fréquents ou d’envisager un traitement préventif », explique la professeure Elizabeth Connolly, autrice principale de l’étude. « Il est extrêmement important que les outils que nous utilisons pour orienter ces discussions soient aussi précis que possible. Nous n’avons pas encore atteint cet objectif, mais des progrès sont réalisés, et cette revue contribue à orienter les développements futurs».
De nombreuses études ayant évalué ces modèles étaient de qualité méthodologique faible ou incertaine, ce qui limite le niveau de confiance pouvant être accordé à certains résultats.
« Il est nécessaire de disposer d'études de meilleure qualité et de continuer à améliorer ces modèles afin que les femmes et les professionnels de santé puissent prendre des décisions en s'appuyant sur les informations les plus précises possibles », a ajouté Mme McGarrigle.
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